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Review : Korora – Hopium

Review : Korora – Hopium

Nous attendions ce premier EP avec une certaine impatience. Depuis Kivi et Lumi, puis l’inoubliable Deep Sea, Korora s’est imposé comme l’un des artistes que nous prenons le plus de plaisir à voir évoluer. Avec Hopium, le Berlinois livre cinq morceaux d’une justesse remarquable où la sensibilité n’est jamais une faiblesse mais un véritable langage.

Il y a des artistes que l’on apprécie, d’autres que l’on admire… Et puis il y a ceux dont chaque nouvelle sortie donne l’impression de retrouver un vieil ami, de replonger dans un univers dont on avait presque oublié à quel point il nous avait manqué.

Depuis notre découverte de Korora en 2024 avec les fascinants Kivi et Lumi, nous avions l’intuition de voir émerger un artiste pas tout à fait comme les autres. Deux morceaux capables de capturer en quelques minutes ce que beaucoup peinent à transmettre sur un album entier : de l’émotion, de la personnalité et cette lumière particulière qui distingue les artistes que l’on n’oublie pas. Le genre de découverte qui nous rappelle pourquoi nous passons autant de temps à explorer les recoins de la scène électronique émergente !

 

Quelques mois plus tard, Deep Sea, aux côtés de Robin Sukroso, confirmait tout le bien que nous pensions de lui. Un titre que l’on peut encore écouter aujourd’hui en boucle sans jamais s’en lasser, comme une invitation permanente au lâcher-prise, à la déconnexion et à l’idée qu’un avenir plus doux reste possible.

Avec Hopium, son premier EP publié sur un label londonien Blank Dust, Korora transforme l’essai avec une délicatesse désarmante.

Le titre du projet est d’ailleurs révélateur ! Selon l’artiste, « Hopium » désigne une forme d’optimisme irrationnel dont on devient presque dépendant. Une définition qui résonne particulièrement dans une époque où l’actualité semble chaque jour nous rappeler à quel point le monde peut être brutal. Face à ce bruit permanent, Korora choisit une autre voie, celle de l’écoute, de la vulnérabilité et de la nuance.

Dès le morceau d’ouverture, l’Allemand pose le décor. Quelques notes suspendues, des textures aériennes, une production volontairement minimaliste qui agit comme une respiration profonde avant d’entrer dans le cœur du disque. Une introduction discrète mais essentielle, comme l’ouverture d’une porte vers un espace plus calme.

Puis vient Comforting Ghosts, coup de cœur immédiat. Impossible d’écouter ce morceau sans être touché par ce qu’il raconte. Sorti le jour où sa grand-mère aurait fêté ses 99 ans, le titre rend hommage à celle qui lui a appris ses premières notes de piano avant de disparaître bien trop tôt. Cette histoire pourrait rester anecdotique si elle ne transparaissait pas aussi intensément dans la musique. Mais chaque mélodie semble porter en elle quelque chose de cet héritage. Une tendresse. Une gratitude. Une présence invisible qui continue d’accompagner le morceau longtemps après sa dernière note…

Comme une respiration entre deux émotions, A Glimpse prolonge ensuite cette sensation d’apesanteur. Un interlude atmosphérique tout en retenue qui agit comme un sas émotionnel avant la pièce maîtresse du disque. Car Order / Chaos mérite plus qu’une écoute distraite. C’est probablement le morceau le plus fascinant de l’EP. Celui qu’on a écouté sans s’y attarder la première fois. Celui qui dévoile progressivement ses secrets. Celui qui met le mieux en lumière toute la finesse d’écriture de Korora.

 

Le morceau se dévoile progressivement, couche après couche. D’abord comme une bulle soyeuse dans laquelle on s’installe presque machinalement. Puis les contours évoluent, les rythmiques prennent de l’ampleur, la lumière s’invite progressivement dans le décor. Sans jamais rompre l’équilibre fragile qu’il a construit, Korora transforme doucement l’introspection en mouvement. Une démonstration discrète mais éclatante de son talent de compositeur !

L’EP se referme enfin avec In The Open en compagnie de SCHWARZ. Sans doute le morceau le plus accessible du projet. Porté par des voix veloutées et intimistes, le titre nous embarque dès les premières secondes. Tout semble parfaitement à sa place : les textures électroniques organiques, les mélodies qui s’installent naturellement dans l’esprit, les arrangements subtils et cette production hypnotique qui ne cesse de respirer. Un morceau à la fois lumineux, rêveur et profondément fédérateur.

Et c’est peut-être là que Korora se distingue le plus ! Il compose une musique qui rassemble et qui n’a pas besoin d’artifices pour exister. Une musique sincère.

En bref

Tout au long de Hopium, on ressent cette pureté d’intention. Ce talent indéniable. Cette capacité rare à se livrer sans crainte, sans posture et sans fioritures. Sa musique ne cherche jamais à s’imposer, elle s’infiltre doucement et finit par rester.

Dans un monde qui semble parfois devenir chaque jour un peu plus froid, Hopium agit comme un antidote discret. Cinq morceaux qui nous rappellent que la sensibilité n’est pas une faiblesse mais une force. Mieux encore : chez Korora, elle devient un langage. Un langage fait de mélodies lumineuses, de textures réconfortantes et d’espoir obstiné.

Hopium n’est peut-être qu’un premier EP mais il possède déjà sa propre identité et cette capacité rare à créer du lien. Derrière ces cinq morceaux se dessine le portrait d’un artiste qui ne cherche pas simplement à produire de la musique mais à faire circuler quelque chose de plus précieux : de l’attention, de l’humanité, de la sensibilité, de la lumière et un peu d’espoir.

Et quelque chose nous dit que ce n’est que le début.


Tracklist

1. Hopium

2. Conforting Ghosts

3. A Glimpse

4. Order / Chaos

5. In The Open (feat. SCHWARZ)

NOTE : 18/20

 

A découvrir ici.
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