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Review : Molécule – A:R

Review : Molécule – A:R

Avec A:R, Molécule poursuit son exploration d’une électronique immersive et indomptable. Entre nappes organiques, tensions diffuses et pulsations retenues, il façonne un EP qui se vit comme une expérience sensorielle quelque part entre projection mentale et dérive introspective…

Il ne nous aura pas fallu longtemps pour être happés par ce nouvel EP. Avec AAhh dévoilé quelques semaines avant la sortie du disque, Molécule posait déjà les bases d’un projet aussi intrigant qu’immersif. Pendant plus de sept minutes, on le découvre étirant cette matière sonore portée par une nappe vocale flottante qui fascine autant qu’elle dérange. Un lead single qui repose sur une tension constante entre apaisement et inconfort esquissant les premiers contours d’un paysage mental diffus.

 

Véritable clé d’entrée dans l’EP, AAhh joue sur une ambiguïté troublante : entre souffle humain et synthèse, entre organique et artificiel, comme si le corps lui-même se retrouvait transposé dans la machine. Avec A:R sorti chez Lumière Noire, Molécule poursuit une trajectoire singulière, toujours en marge des cadres établis mais qui s’inscrit dans la continuité d’une œuvre où le son devient matière mais ici l’environnement se fait plus discret, presque fantomatique, suggéré plutôt que capté.

Difficile alors de ne pas faire le parallèle avec Tevennec sorti en 2022, imprégné des mythes bretons et de l’isolement d’un phare battu par les vents. Cette dimension plus narrative, moins documentaire s’y dessinait. A:R prolonge cette approche avec des textures et des vibrations qui prennent davantage le pas sur les paysages. Composé entre Paris et Cancale, l’EP joue sur une tension permanente entre organicité et abstraction. Les cinq morceaux oscillent entre nappes ambient denses, pulsations sourdes et structures plus club sans jamais céder à une catégorisation facile. Ce qui frappe c’est cette manière de travailler la matière sonore comme un relief où chaque fréquence semble sculptée, chaque silence pensé comme un espace où le mouvement de notre corps devient le dernier point d’ancrage dans cet univers flottant.

Phantom en est l’illustration parfaite ! Le morceau joue sur l’apparition et la disparition des éléments, leur donnant une dimension spectrale, presque insaisissable, comme une silhouette devinée dans le brouillard. Molécule y confirme son attrait pour une écriture de l’entre-deux, entre présence et absence, matière et illusion.

 

Autre moment fort, Y/B insuffle une énergie contenue, prête à se libérer sans jamais totalement exploser. Une ossature rythmique plus affirmée s’y dessine, rapidement brouillée par des nappes granuleuses qui viennent en perturber la lecture. Le résultat : une tension permanente qui invite autant au lâcher-prise qu’à une forme de transe retenue.

Molécule excelle à transformer une matière minimale en expérience sensorielle instable. Avec ce nouvel EP, il esquisse une danse intérieure plus qu’un véritable appel au dancefloor, le tout porté par une écriture immersive et un son profondément habité.

En bref

A:R confirme une évolution subtile mais marquante dans le travail de Molécule. Moins attaché à documenter le réel qu’à en suggérer les contours, il affine une approche plus introspective où la sensation prime sur la démonstration. Un EP qui se vit autant qu’il s’écoute et qui ancre encore peu plus l’artiste parmi les producteurs les plus brillants de la scène électronique française !


Tracklist

1. Phantom

2. Y/B

3. AAhh

4. Utah

5. A:R

NOTE : 19/20

 

A découvrir ici.
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