Rédacteur en chef, Fondateur
Quelques mois après la sortie de Until It Shines, Nascaa poursuit son chemin singulier au sein de la scène électronique française. Entre electronica cinématographique, influences techno, rêveries mélodiques et quête de sens, l’artiste affine un univers où chaque morceau semble raconter une histoire sans avoir besoin de mots.
À l’occasion de la sortie d’At Dawn et alors que de nouveaux projets se dessinent, nous avons pris le temps d’échanger avec lui sur son évolution artistique, son amour du cinéma, ses collaborations récentes et ses envies pour l’avenir.
Salut Sébastien ! Cela fait maintenant plusieurs mois que Until It Shines est sorti. Avec un peu de recul, quel regard portes-tu aujourd’hui sur cet EP et sur l’accueil qu’il a reçu ?
Je suis très heureux des retours, aussi bien de la part des professionnels de la musique que du public. Avec un peu plus de recul, je pense que cet EP représente une belle transition vers la suite du projet qui pourrait justement se situer quelque part entre mes deux précédents EP. Il m’a permis d’élargir le spectre musical de ce que je propose, notamment avec une dimension plus club, plus proche de ce que je joue aujourd’hui en live.
Pour celles et ceux qui découvriraient ton univers aujourd’hui, comment décrirais-tu ta musique ?
Le terme le plus précis serait probablement electronica même si cela reste assez vaste. Plus globalement, je vois ma musique comme quelque chose de coloré, mélodique et aérien.
J’ai toujours été fasciné par la capacité de certains artistes à créer des mondes entiers uniquement avec des sons, sans avoir recours aux paroles.
On me dit souvent qu’elle évoque des images. Elle est très narrative, remplie de petits détails que l’on peut découvrir au fil des écoutes. Mes influences sont assez larges : elles vont de la musique de film au trip-hop, même si cela ne s’entend pas toujours de manière évidente dans les morceaux.
Depuis tes premiers morceaux, tu entretiens un lien étroit avec l’image et l’imaginaire cinématographique. D’où vient cette connexion si forte entre ton travail musical et le cinéma ?
J’ai toujours été fasciné par la capacité de certains artistes à créer des mondes entiers uniquement avec des sons, sans avoir recours aux paroles.
Composer pour le cinéma reste un véritable rêve. J’écoute des bandes originales toutes les semaines avec la même curiosité que pour n’importe quel autre genre musical. Il m’arrive même souvent d’écouter les musiques des dernières sorties avant d’avoir vu les films, ou parfois sans jamais les regarder.
Pour revenir sur tes actualités, comment est né ce second EP et quelles étaient tes intentions au moment de sa création ?
Après Vibrations j’avais envie d’aller vers quelque chose de plus frontal, de plus club. Je vais voir énormément de concerts et j’avais envie de retrouver cette énergie dans ma propre musique.
On y retrouve donc des influences plus techno ou UK Garage, notamment dans les percussions de Lost In The Waves. Je voulais également conserver une forme d’énergie rock et trip-hop dans certaines constructions ou textures sonores. Les distorsions de certains synthétiseurs ou encore le traitement très en avant de certaines percussions (notamment sur Sepia) participent à cette direction.
Cet EP est aussi arrivé à une période plus mouvementée sur le plan personnel. Il parle beaucoup d’anxiété et de quête de sens.
Tu racontes énormément à travers une musique pourtant instrumentale. Comment parviens-tu à transmettre autant d’émotions sans paroles ?
Je ne cherche pas vraiment à intellectualiser mon processus créatif. Quand je compose, j’essaie surtout de laisser sortir l’émotion brute.
Les morceaux dont je suis le plus fier sont souvent ceux qui sont nés de manière spontanée. Dans un premier temps, je laisse venir toutes les idées sans réfléchir ni organiser quoi que ce soit. Ensuite seulement, je prends du recul pour structurer l’ensemble.
J’admire beaucoup les artistes qui construisent leurs projets autour de concepts très élaborés dès le départ. Personnellement, j’ai besoin de cette sensation de liberté et de pouvoir suivre les idées comme elles viennent.
Et comment perçois-tu ton évolution entre Vibrations et Until It Shines ?
Vibrations posait les bases d’un univers plus onirique qui correspondait à ce que j’avais envie d’exprimer à ce moment-là.
Avec Until It Shines, je suis heureux d’assumer davantage la dimension cinématographique de ma musique tout en la mélangeant à des influences techno et IDM qui me sont tout aussi chères. Je trouve que l’équilibre entre ces deux facettes fonctionne particulièrement bien sur cet EP.
J’ai également eu l’opportunité de collaborer avec davantage de personnes, notamment Félix Muhlenbach au mixage et Julien Brablé pour le clip et la pochette. Je pense que ces collaborations ont permis au projet de franchir une nouvelle étape.
Tu sembles aujourd’hui proche de Baptiste Lagrave, thems ou encore ABRAN qui t’a accompagné sur ton live audiovisuel à Paris l’an dernier. Comment se sont créés ces liens ?
C’est très agréable de rencontrer des artistes qui développent une esthétique proche de la sienne !
J’étais très heureux que Félix, alias thems, assure le mixage de l’EP. Je pense qu’il est essentiel de s’entourer de personnes qui comprennent les intentions créatives jusque dans les moindres détails.
Je suis également très heureux de sortir ce projet chez Tedri Records, le label de Baptiste Lagrave.
Le métier de compositeur est souvent assez solitaire, particulièrement dans les musiques électroniques ou à l’image. Pouvoir échanger avec des personnes qui traversent les mêmes questionnements est extrêmement précieux.
Après la collaboration avec Félix Muhlenbach sur le mixage de Until It Shines, un remix signé thems verra bientôt le jour. Il succède notamment au rework d’Ego par l’artiste allemand Korora. Qu’est-ce qui t’attire dans cet exercice du remix et dans le fait de confier tes morceaux à d’autres artistes ?
C’est très grisant de voir sa musique revisitée par d’autres artistes. Il y a peut-être même une forme de plaisir égoïste là-dedans. Redécouvrir ses propres morceaux à travers d’autres sensibilités, d’autres idées et d’autres chemins créatifs est assez fascinant.
J’aime particulièrement observer la manière dont chacun se réapproprie mes compositions. Souvent, ils les emmènent vers des territoires que je n’aurais pas osé explorer moi-même. C’est notamment ce qui m’a plu dans le rework de Korora : cette approche plus lo-fi, très personnelle, qui apporte une nouvelle lecture du morceau tout en conservant son émotion d’origine.
Au-delà de l’aspect créatif, le remix crée aussi une forme de pont artistique avec des musiciens que j’apprécie déjà énormément ! Pouvoir entendre un artiste dont j’aime sincèrement l’univers s’emparer de l’un de mes morceaux est quelque chose d’assez particulier. C’est une manière de faire dialoguer deux sensibilités, deux façons de concevoir la musique, et je trouve cela très enrichissant, autant sur le plan humain qu’artistique.
Cette capacité qu’ont les remixeurs à révéler des facettes inattendues d’un titre est probablement ce qui me plaît le plus dans l’exercice !
Ce vendredi sortira également At Dawn. Quelle place occupe-t-il dans ton parcours ?
Je l’ai imaginé comme une sortie en douceur de l’EP.
Si Until It Shines s’inscrit dans une temporalité plutôt nocturne, At Dawn représente son épilogue, le moment où le jour se lève. Pendant la composition, j’avais en tête ce mélange très particulier de nostalgie et d’apaisement que l’on ressent parfois après une nuit de fête ou de concerts lorsque les premières lueurs apparaissent.
C’est également un morceau dans lequel j’ai exploré de nouvelles textures, harmonies et sonorités !
Quel regard portes-tu sur la scène française actuelle ?
J’ai le sentiment que ce type de musique reste encore relativement confidentiel en France.
Certains artistes comme Rone, Chapelier Fou, Maud Geffray ou Superpoze parviennent toutefois à créer des ponts entre une musique plus accessible et une électronique plus introspective voire cérébrale.
J’ai parfois l’impression qu’en Allemagne, en Belgique ou au Royaume-Uni, le public est davantage sensibilisé à ce type de propositions notamment lorsqu’elles sont entièrement instrumentales. Mais ce n’est peut-être qu’une impression.
Si Until It Shines s’inscrit dans une temporalité plutôt nocturne, At Dawn en représente l’épilogue, le moment où le jour se lève.
On est assez d’accord avec toi ! Et au-delà de ton propre projet, tu restes aussi un auditeur particulièrement curieux. Quels sont les artistes ou les albums qui t’ont marqué ces derniers mois ?
Dans les derniers albums qui m’ont marqué je mettrai le dernier album de Boards Of Canada sorti il y a quelques semaines, l’ambiance est incroyable, entre trip hop, ambiant et electronica. Je trouve vraiment que tous les morceaux sont exceptionnels dans la construction et dans les textures.
Le dernier album de Lucie Antunes, Silence, qui présente de forts accents de musique de films aussi, avec des sonorités très organiques.
Sinon sur un autre registre l’album Hana d’Andert Tysma que j’écoute en boucle et notamment le morceau Appalachian avec cette progression onirique !
Enfin, si tu devais résumer l’état d’esprit de Nascaa aujourd’hui en quelques mots, quels seraient-ils ?
J’ai le sentiment d’être dans une période de transition particulièrement stimulante. Beaucoup de choses s’ouvrent progressivement et j’ai envie d’explorer de nouveaux formats, de nouvelles collaborations et de continuer à faire évoluer le projet sans me fixer trop de limites !
J’essaie surtout de rester sincère dans ce que je propose, de suivre ma curiosité et de conserver intact le plaisir de créer.
Composer pour l’image reste également un rêve que j’aimerais concrétiser davantage. Dernièrement, j’ai eu la chance de faire partie des nominés des Films Sync Awards organisés par Bridge Audio et ASM. C’est une belle reconnaissance et cela crée un pont supplémentaire entre mon projet et l’univers de la musique de film.
Plus largement, j’aimerais beaucoup composer pour la danse ou le spectacle vivant. Ce sont des formats qui laissent une grande place à l’émotion et à la narration, deux dimensions qui occupent déjà une place importante dans ma musique.
Un dernier mot ?
Merci à toutes celles et ceux qui prennent le temps d’écouter une musique instrumentale et parfois contemplative dans un monde où tout va très vite ! J’espère que ces morceaux pourront continuer à accompagner les gens, nourrir leur imaginaire ou simplement leur offrir un moment hors du temps.
Et merci à vous pour le soutien apporté aux artistes indépendants !





