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Interview : Parcels

Interview : Parcels

À l’occasion de leur passage aux 25 ans du festival Garorock, nous avons eu l’occasion d’échanger quelques mots avec Anatole (batteur) et Noah (bassiste) du groupe Parcels. Entre influences, devenir, et conception d’album, retour sur cet échange très ouvert…

Vous avez enregistrés plusieurs EP par le passé, et l’année dernière vous avez sorti un double album plutôt long et assez structuré, vous sentiez que vous aviez plus de choses à dire ?

Noah : On avait déjà sorti un album à proprement parlé, sur lequel on avait justement le sentiment d’avoir des choses à dire, et d’avoir la pression qui va avec. Et ce second disque qui est sorti l’année dernière a plus été le contraire, on a relâché la pression. On a vraiment fait en fonction de ce qui nous inspirait à ce moment là, et on s’est vraiment beaucoup amusé avec le processus créatif qui va avec la création d’un album. Tout ça pour en faire un vrai album conceptuel ! On avait l’espace et le temps avec le covid pour faire tout ça.

 

C’est un album qui est donc plus représentatif de qui vous êtes ?

N : il est représentatif de qui nous étions à ce moment là. Et maintenant il ne l’est plus vraiment.

 

J’ai l’impression que quand un disque sort, il sort aussi un peu de vous, de votre corps. Et après lui il est temps d’avancer !

 

Vous avez l’impression que vous avez changé par rapport à votre musique ?

N : Oui complètement. Aujourd’hui sur scène par exemple on ne joue pratiquement aucun morceau de ce disque ! C’est vraiment un changement permanent.

Anatole : J’ai aussi l’impression que quand un disque sort, il sort aussi un peu de vous, de votre corps. Et après lui il est temps d’avancer ! J’ai vraiment senti ça le jour de sa sortie, pas dans un mauvais sens, mais plutôt en me disant « d’accord, j’ai changé ».

 

Vous parliez du temps que vous a donné le covid. Il y a quelques jours on a pu discuter avec un autre groupe présent sur le festival, qui nous a expliqué que pendant le confinement, ils enregistraient chacun de leurs côtés pour ensuite jouer quand ils se voyaient. Est-ce que c’est quelque chose que vous auriez pu faire ?

N : Non je pense qu’on ne peux pas vraiment travailler de cette manière, même si ce serait plus simple ! (rires) Chacun écrit un peu de son côté, mais je pense que pour savoir si une chanson marche sur le groupe, il faut vraiment qu’on soit ensemble dans la même pièce à la jouer. Pour voir si elle prend sens. On aurait peut être pu faire comme ça au tout début, mais j’ai l’impression qu’on a une vraie entité de groupe aujourd’hui.

 

L’album contient beaucoup de styles musicaux différents, ce qui en fait vraiment quelque chose d’unique. Qu’est ce que vous écoutiez chez vous, pendant la création du disque ? 

Les deux, ensemble : Je ne m’en rappelle pas vraiment (rires)

N : Il me semble que certains des gars écoutaient beaucoup de bandes originales, d’autres ont réécoutés certains classiques, de Pink Floyd par exemple.

A : j’écoutais aussi un peu de Jazz au studio pendant l’enregistrement.

N : Mais dans l’ensemble, on écoutais pas énormément de musique. Plus tu écris, plus tu compose et moins tu écoute de musique. Sinon ça crée une forme d’overdose.

A : Je l’ai vraiment remarqué quand on répétais beaucoup. Là où normalement je met mes écouteurs dès que j’ai un pied en dehors du studio, et ce pendant les 25 minutes de route que j’ai jusqu’à chez moi, quand on répétais je n’y pensais même pas.

N : Les meilleures 25 minutes de silence qui soient (rires)

 

L’album dans sa composition, ressemble assez à une bande originale, est-ce que c’est quelque chose que vous aimeriez faire ? 

N : Complètement, je pense que c’était l’inspiration principale à la création de l’album. On en a beaucoup discuté, de proposer l’album pour un film, mais ça n’a pas vraiment abouti. Mais c’est drôle à faire, et je pourrais totalement l’imaginer oui ! Mais on a failli le faire, et il risque de se passer des années et des années avant qu’on sorte quelque chose de similaire. Et c’est un truc de gros groupe, quand tu fais une B.O, c’est que t’as réussi dans la musique !

 

En parlant de réussite, le morceau « Famous » n’est pas vraiment flatteur pour la célébrité. Comment est-ce que vous vivez la vôtre ? 

A : Et bien… Je la ressens comme si on était à mi chemin d’une certaine manière. Quand on est en tournée, que l’on fais des festivals, des interviews et cætera, on a un avant goût de ce à quoi ressemble la célébrité. Mais quand je suis seul, c’est très différent, et je me sens loin de cette vie.

N : On se dit souvent à quel point on crée du contraste avec nos vies. Il n’y a pas longtemps on était dans ce super hôtel 5 étoiles à Barcelone, au bord de la piscine en train de boire des mojitos. Et sans transition on se retrouve en plein milieu d’un aéroport à 5 heures du matin, affamés et fatigués. Ça n’est jamais permanent. C’est aussi un peu ça la célébrité.

 

Noah & Anatole
@Egan Godin

 

Vous avez travaillés avec Owen Pallett, pour les arrangements sur l’album. Comment est-ce que c’est arrivé ? 

A : c’est vraiment un foutu ange ! Je ne suis plus certain de comment on en est arrivés à travailler avec lui, mais c’est vraiment quelqu’un d’incroyable. Et un arrangeur de génie. Et c’était très inspirant pour moi, parce qu’on avait jamais vraiment travaillés avec quelqu’un qui arrangeais nos chansons. Je me disais « ok on va mettre quelque chose ici et là, on va le faire nous même ! » et en entendant ce qu’il nous a fait, on aurait jamais pu faire la même chose. (rires)

N : On lui a aussi intentionnellement laissé de la place, en se disant à certains moments que des endroits pourraient êtres fais pour lui, des transitions entre chansons… Et quand le disque nous est revenus, et qu’il avait comblé ces espaces, c’était mieux que tout ce qu’on aurait pu s’imaginer.

 

D’un point de vue assez subjectif, l’album a un côté assez « French Touch » sur certaines chansons. Est-ce que vous diriez que ce côté électro est une inspiration pour vous ? 

A : Ça l’a été, c’est certain, mais plutôt sur les premiers EP. Dans ce côté French Touch, rien ne dépasse vraiment et tout est à sa place. Je pense que ce côté nous a inspiré, parce qu’on aime qu’une chanson qui soit groovy soit vraiment soignée, mais on essaye je crois de s’émanciper un peu de ça.

N : Ça a fait parti de l’ADN du groupe dans le passé, on est tous partis de ce socle d’inspiration là. Donc ça fera toujours un peu parti de notre musique, on peux ressentir des petits échos par ci et par là, mais on s’en écarte quand même beaucoup en ce moment. Et peut être que ça reviendra plus tard et que ça repartira ensuite.

 

Maintenant que vous savez que des gens vous écoutent, qu’est ce que vous réservez pour la suite ? 

A : Continuer à essayer de surprendre les gens qui nous écoutent ! Il y a des groupes où les troisièmes et quatrièmes albums sont très similaires, et c’est cool, et parfois on se retrouve plus dans ces groupes, parce qu’on sait que le son va nous plaire. Mais parfois quand un cinquième album sort et qu’il change, c’est assez choquants pour les auditeurs. Alors que si un groupe change en permanence, ça peut être déroutant pour certains, mais on fini par attendre le changement, ce qui je trouve, est plus inspirant.

N : Je pense qu’il faut qu’on continue de créer en fonction de notre inspiration sur le moment, et qu’on sois plus rapide, sur la création de ces inspirations. Parfois les projets prennent un temps fou et comme on l’a dit, on ne se souviens que très peu de ce à quoi ressemblait le dernier disque. Donc si on pouvait réduire ce laps de temps, pour en faire quelque chose de plus direct, les gens pourraient êtres au fait de qui on est sur le moment. On est en changement perpétuel, mais d’un point de vue extérieur ça transparaît beaucoup moins parce que l’industrie musicale travaille doucement. Et la perception extérieure du groupe ne concorde jamais avec qui on est réellement.

 

Merci beaucoup à vous deux, et à bientôt ! 

 

La review du dernier album de Parcels est à retrouver juste ici, et les articles sur Garorock sont aussi disponibles : Jour 1 & 2 / Jour 3 & 4

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