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Review : Nuage – On The Way

Review : Nuage – On The Way

Depuis plus de dix ans, le producteur n’a cessé de multiplier les chemins de traverse, passant du club à l’intime avec une liberté qui lui ressemble. Aujourd’hui, on s’écoute On The Way, condensé de cinq titres sorti fin juillet qui mérite que l’on s’y attarde.

Il y a des artistes dont on suit les sorties avec une curiosité particulière, presque avec cette petite impatience de découvrir vers quelle nouvelle direction ils auront décidé de nous emmener. Nuage fait définitivement partie de ceux-là. À chacune de ses sorties, on a le sentiment de ne jamais tout à fait savoir ce qu’il nous réserve. Et c’est précisément ce qui nous plaît chez lui. Sa musique avance librement, sans ligne droite apparente, passant de la pulsation au flottement avec cette facilité déconcertante qui semble être devenue sa marque de fabrique.

Cette année encore, il nous a donné de quoi écouter. Il y a eu Tracing avec son fidèle complice BAILE en début d’année, puis Catch Yourself au printemps avant que le morceau ne trouve finalement sa place sur Back 2 Earth, EP qui nous aura accompagné tout l’été. À peine avons-nous eu le temps de nous familiariser avec celui-ci que le producteur revient déjà avec On The Way, cinq nouveaux titres qui ouvrent au passage un nouveau chapitre de son parcours avec la création de son propre label, Memory Pattern.

Et quelque part, cette décision nous semble parfaitement logique. Nuage a toujours donné l’impression de créer avant de penser à la suite. Il compose beaucoup, collabore beaucoup, explore beaucoup, et publie avec une liberté qui fait du bien dans un paysage où chaque sortie semble parfois devoir répondre à une stratégie précise… Avec Memory Pattern, il pousse cette logique un peu plus loin : reprendre les commandes, sortir sa musique quand elle lui semble prête et surtout continuer à créer sans se demander si elle entre dans la bonne case.

 

On The Way porte assez bien cette philosophie. C’est un EP qui nous invite simplement à traverser quelques paysages. Cinq morceaux qui passent de l’intime à la pulsation, de l’ambient aux broken beats avec des touches d’UK Garage et cette matière douce, feutrée, presque cotonneuse que l’on retrouve depuis longtemps dans la musique de Nuage.

Dès les premières secondes de Doubts, on retrouve cette sensation familière. Le morceau est court mais il suffit à nous faire décrocher du monde extérieur. Des nappes de synthétiseurs ambient douces, quelques voix lointaines et une atmosphère qui semble flotter juste au-dessus du silence. Rien ne cherche à attirer l’attention. Et pourtant, on reste. C’est une entrée en matière toute simple, intime, comme si Nuage entrouvrait une porte et nous laissait décider si l’on souhaite entrer.

Puis On The Way fait doucement repartir les choses. Une rythmique subtile, une basse chaude, des voix pitchées qui apportent cette pointe de mélancolie que l’on aime tant chez lui. Le morceau gagne peu à peu en mouvement mais conserve cette douceur qui semble ne jamais vouloir le quitter. C’est le genre de single que l’on lance sans y penser et que l’on retrouve quelques minutes plus tard à nous faire doucement bouger la tête.

Avec Blazing Blue le disque prend une teinte plus nostalgique. Quelque chose de lumineux, mais avec cette légère brume qui empêche la lumière d’être totalement franche. Les rythmes restent présents, les textures se déploient avec délicatesse et le morceau avance dans cet entre-deux qu’il maîtrise particulièrement bien : suffisamment mélodique pour nous accrocher, suffisamment vaporeux pour nous laisser partir ailleurs…

Et puis arrive Don’t You. Celui-là, on l’a immédiatement adopté. Ou peut-être est-ce lui qui nous a adoptés. Qui sait ? Les broken beats se font plus présents et les nappes mélodiques installent une profondeur presque cinématographique. Il y a davantage de matière, davantage de mouvement, mais rien ne semble forcé, tout circule avec une évidence assez rare. C’est indéniablement notre morceau préféré de l’EP, celui où l’on retrouve peut-être le mieux ce qui nous séduit chez Nuage depuis plusieurs années : cette façon de faire dialoguer la délicatesse des textures avec une rythmique qui nous donne immédiatement envie de nous laisser porter.

Whyme vient finalement ralentir les choses. Une rythmique minimale, des fragments de voix qui semblent surgir puis disparaître, et cette impression que le morceau s’éloigne doucement plutôt qu’il ne vient réellement fermer la porte. On reste quelques secondes dans son sillage avec cette sensation agréable de ne pas avoir tout à fait terminé le voyage.

C’est peut-être là que On The Way trouve sa justesse. Nuage ne cherche jamais à choisir entre la contemplation et le mouvement. Il laisse ces deux dimensions cohabiter, parfois au sein d’un même morceau, jusqu’à créer cette musique à la fois enveloppante et vivante qui nous plaît tant chez lui. Les influences UK Garage apportent cette pulsation qui donne envie de bouger la tête tandis que les textures ambient et lo-fi maintiennent cette chaleur cotonneuse et réconfortante qui traverse son univers. Une musique qui peut s’écouter allongé dans le noir comme au fond d’un club sans que l’une de ces deux situations ne semble vraiment plus naturelle que l’autre.

Mais au-delà des cinq morceaux, il y a surtout la manière dont nous avons appris à écouter sa musique. On sait désormais qu’une sortie n’est jamais vraiment une conclusion. Il y aura une collaboration, un single, un remix, peut-être une nouvelle idée apparue entre-temps. Sa discographie ressemble davantage à un flux qu’à une succession de chapitres parfaitement ordonnés.  Depuis la sortie de l’EP, plusieurs nouveaux titres sont d’ailleurs déjà venus prolonger le mouvement. Mention particulière au sublime Speedup Sensation qui nous rappelle une fois encore son génie !

En bref

On The Way ressemble à Nuage : libre, sensible, généreux et toujours un peu insaisissable. Un EP qui nous accompagne sans jamais nous retenir, qui fait doucement bouger le corps tout en laissant suffisamment de place à l’imaginaire. Cinq titres qui ressemblent à autant de parenthèses nocturnes, à écouter les yeux fermés, dans un train, au fond d’un club ou simplement chez soi lorsque la nuit commence à tomber.

C’est surtout un joli condensé de tout ce que l’on aime chez l’artiste : cette manière de faire cohabiter douceur et pulsation, mélancolie et lumière, textures cotonneuses et rythmiques plus affirmées. Une musique qui ne cherche pas forcément à tout révéler dès la première écoute mais qui laisse suffisamment de traces pour nous donner envie d’y revenir.

Nuage continue donc d’avancer. Pas forcément vers une destination précise mais avec cette liberté de suivre les idées lorsqu’elles apparaissent. Cinq morceaux, quelques paysages, une poignée de souvenirs encore frais et déjà l’envie de savoir ce qu’il nous réserve ensuite. Et c’est peut-être finalement ça que l’on préfère : ne jamais vraiment savoir où l’on va, mais avoir toujours envie de continuer le chemin.


Tracklist

1. Doubts

2. On The Way

3. Blazing Blue

4. Don’t You

5. Whyme

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