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Review : Yeek – Valencia

Review : Yeek – Valencia

Yohann Sandoz

Yeek brouille les frontières artistiques avec Valencia, album sensible et soigné. Une véritable élévation pour cet incontournable de la scène indie américaine.

Si vous connaissez Yeek de ses projets précédents, Valencia devrait vous surprendre. En couvant ce projet pendant près de deux ans, Sebastian Carandang aka Yeek a élaboré une nouvelle identité sonore, un nouveau visage pour celui qu’on avait découvert avec une voix sourde sur des sons de guitares-batterie électronique. Ce nouvel album prend de l’ampleur et Yeek développe une esthétique R&B inédite. Sa voix a changé, osant désormais des mélodies en voix de tête, donnant à l’album un son vaporeux et satiné. En se refusant à limiter sa musique à un genre, Yeek s’efforce de dépasser les frontières artistiques. Pour Valencia, il augmente le contraste, passe une couche de vernis, tout en conservant son sens du rythme et de la mélodie.

Nouvelles sonorités

Valencia s’ouvre en beauté avec Lumbago et sa basse savoureuse, la voix de Yeek venant éclaircir la brume des synthés. L’artiste évoque des douleurs qui le rongeaient dans sa jeunesse :

What’s my life expectancy? Will be lucky to reach seventy.

On plonge directement dans les nouvelles sonorités du projet. Overthinking apporte une fraîcheur estivale, et l’enchaînement avec 3000 Miles (Baby Baby) est tout simplement génial. Déstabilisant en première écoute, le premier single de l’album s’impose comme une grande réussite : sa basse percutante ne vous lâchera pas de sitôt. Avec Back N Forth et Valencia, Yeek nous surprend avec de suaves bangers R&B. On mesure ici le chemin parcouru depuis les premiers albums : c’est désormais en artiste accompli et mature que se présente Sebastian, tout en continuant de dévoiler ses vulnérabilités et sa sensibilité.

 

Cet album continue de nous enchanter avec M.H. et son refrain entraînant. Sur ETA et This Time, Yeek s’essaie avec beaucoup de classe au rap vaporeux. Les titres s’enchaînent à merveille et le tout défile en une vingtaine de minutes. L’artiste évoque au gré de l’album des souvenirs, des doutes, mettant en avant les liens familiaux et fidèles. Il s’entoure pour cela de ses amis proches dans des featuring avec Dotha, Rolls Rome et Simon Sea. Que la famille.

Whole gang gotta eat, ‘bouta have a whole feast.
Éthéré et futuriste

Yeek propose une approche artistique complète avec un gros travail sur les visuels. L’artwork du projet annonce déjà l’esthétique éthérée et futuriste du projet avec cette silhouette lumineuse, fantôme en chute libre. On retrouve cette évanescence dans le superbe clip de Valencia, réalisé par Chris Cadaver et Cam Hicks. L’univers assez sombre de l’album est plus longuement développé dans un mini-film appelé h.a.w.a.i.i, mettant en scène un garçon enfermé dans une maison pilotée par une intelligence artificielle. L’une des scènes sert d’ailleurs de clip au titre Overthinking, moment de lâcher-prise dans un monde oppressant.

 

En bref

Yeek a franchi un cap et s’ouvre à de nouvelles sonorités avec cet album soigné. Cultivant l’ouverture et l’expérimentation, l’artiste se détache des étiquettes de genres musicaux. Valencia est un projet ambitieux et abouti, le genre d’album qui devient encore meilleur au fil des écoutes.


Tracklist

1. Lumbago

2. Overthinking

3. 3000 Miles (Baby Baby)

4. Back N Forth

5. M.H.

6. ETA (feat. Dotha)

7. Valencia

8. This Time (feat. Rolls Rome)

9. Watch Me (feat. Simon Sea)

10. Dirty Pillow

Notre sélection : Valencia, Overthinking, M.H.

NOTE : 18/20

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