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Interview : Sally

Interview : Sally

À l’occasion de la journée de présentation des artistes retenus pour le Chantier des Francofolies, qui s’est déroulée le 26 janvier au Théâtre de l’Atelier, nous avons rencontré Sally. La chanteuse montante de la scène française, qui oscille entre pop, rap, house et variété française, a répondu à nos questions pour une interview tout en douceur où l’on a parlé musique, féminisme et santé mentale.

Salut Sally, merci de nous rencontrer ça nous fait très plaisir de te parler ! Pour commencer, comment est née l’envie de faire de la musique ?

J’ai toujours voulu en faire. Depuis que je suis petite, on m’appelle “la radio” parce que j’écoutais beaucoup de musique. J’ai la chance d’avoir une bonne mémoire et j’ai toujours baigné dans la musique. Mon grand frère écoutait du rap et mes parents des chansons françaises. Ma mère faisait de la chorale. Quand j’y allais pour des anniversaires et pour manger des bonbons, je chantais avec eux. Je suis une fan de karaoké depuis toute petite, donc il y a 3 ans, quand j’ai dû arrêter mes études, je me suis dit que je pourrais poster ces karaokés sur Instagram. Je les ai postés et voilà.

Qui sont les artistes qui t’influencent ?

M.I.A. et Kid Cudi sont deux personnes qui m’inspirent énormément. En France, j’aime beaucoup Nekfeu, Orelsan, Sinik, Booba, Rhoff… Ce sont des gens qui m’inspirent beaucoup et ayant construit des univers dans lesquels mon frère m’a fait baigner. J’aime aussi beaucoup Jacques Brel, Barbara… Beaucoup de chansons françaises et Céline Dion, un classique… La reine !

Tu as fait une session Colors qui a fait presque 2 millions de vues et qui t’as permis de te faire connaître de la plus grande partie de ton public. Après ce succès, as-tu ressenti un changement dans ta manière d’aborder la musique ?

Complètement ! J’ai eu envie de m’améliorer. Elle est sortie il y a un peu plus d’un an et, à l’époque, je n’avais pris qu’un cours de chant et j’avais du mal à articuler. Si je pouvais la refaire, je ferais cet effort là. J’adore ma session, quand je la regarde je suis encore fière et contente parce que c’était mon rêve de faire une session COLORS depuis 4-5 ans. Mais j’aurais aimé plus articuler, ça sera pour une deuxième session !

 

Dans le titre Quand je veux je peux, tu abordes des questions relatives au féminisme et à l’indépendance. À l’heure de la libération de la parole des femmes dans la musique, ressens-tu encore plus le besoin de parler de ce sujet ?

Je pense que ça a toujours été important mais maintenant que l’on commence à libérer la parole c’est encore plus important de continuer sur cette lancée. C’est également important pour nos futurs enfants. À l’heure actuelle, on a besoin du féminisme, d’acter, de faire tellement de choses par rapport à cela. On est en 2021 et ce n’est toujours pas ça pour les femmes.  Ça serait bien qu’à un moment on nous entende et qu’on accepte notre point de vue.

Justement, avec le mouvement Music Too on voit que la musique n’est pas un milieu épargné par le sexisme. La dernière en date à avoir témoigné est Flore du groupe l’Impératrice. Est-ce un souci que tu as rencontré en tant que jeune femme dans cette industrie ?

Non, j’ai eu de la chance. C’est compliqué d’être une femme dans ce métier, surtout quand on se rapproche du hip hop. Je suis rassurée parce que je n’ai jamais eu de problème et j’espère que cela n’arrivera pas. Ça peut faire beaucoup de mal et ça peut vite te stopper dans ton envie de faire de la musique.

Tu as l’air, par ailleurs, assez proche d’autres artistes féminines francophones comme Angèle, dont tu as fait la première partie, Lous and the Yakuza, Urumi, Barbara Pravi ou encore Joanna. En quoi penses-tu que cette sororité est importante ? Vous donne-t-elle de la force ?

Je suis proche d’à peu près toutes les femmes de la musique actuelle dans notre créneau. C’est très important de se donner de la force et de parler parce que sinon, on peut vite avoir l’instinct de se comparer – que cela soit entre les hommes ou entre les femmes. Pouvoir en parler ensemble enlève ce côté « il faut que je sois meilleure qu’elle » ou « il faut que je travaille plus ». Ça casse cet effet là et tu as juste envie qu’elle monte. C’est important de se dire qu’il faut tout déchirer, parce qu’on est aussi là pour ça. Mais, c’est important aussi de comprendre qu’il y a de la place pour tout le monde.

J’ai lu que tu écrivais tes textes dans le noir. Cela t’aide-t-il à te concentrer uniquement sur la musique sans être parasitée par autre chose ou est-ce plus simple d’aller chercher des textes au fond de toi dans le noir ?

Franchement, les deux ! J’ai besoin d’être dans le noir, c’est mon mode d’opération. Si je ne suis pas dans le noir, je vais avoir du mal à écrire parce que j’aurai l’impression que l’on m’observe. Quand je suis en studio, je retourne le micro et j’éteins la lumière parce que mes ingés son ont une vitre et j’ai vue sur eux… De cette manière, je peux enregistrer en sentant que ça va au fond de moi et que ça me touche. La musique que j’ai écrite auparavant me touche de nouveau et c’est ce qui me permet d’atteindre l’émotion que j’ai envie de transmettre. C’est pour cela que je suis toujours dans le noir… Juste moi et mes démons.

Sally
© Anoussa Chea

Comment abordes-tu l’aspect production de tes morceaux ? Donnes-tu des indications aux gens avec lesquels tu travailles ou te laisses-tu happer par l’univers des producteurs.trices qui t’entourent ?

Je me laisse happer par leur univers. Quand je vais en studio, je leur dis : « écoute, je ne sais pas dans quel mood tu es, mais va dans ton mood et moi je me rajouterai à toi ». Ça me permet de tester des trucs auxquels je n’aurais pas pensé et de découvrir de nouveaux univers. J’en ai besoin en tant qu’artiste et en tant que personne à part entière. Sinon, on te fait des prods uniquement par rapport à ce que tu fais alors que j’ai envie de toucher à tout. C’est pour cela que c’est très important pour moi de rentrer dans l’univers du producteur. Si je n’aime pas, je n’aime pas mais ça ne m’est jamais arrivé.

On parle de plus en plus de la santé mentale des artistes. Le grand initiateur de ce sujet a été Kid Cudi il y a quelques années déjà. Tu parles très librement de ta bipolarité sur les réseaux. Dans le clip de Tout roule, ce trouble est très bien représenté. Maintenant que tu as mis un diagnostic sur cet état, considères-tu que c’est une force artistiquement parlant ou est-ce plutôt quelque chose que tu essaies de garder à distance de ta créativité ?

Si je suis venue dans la musique, c’est justement parce que je suis tombée malade il y a 3 ans. Je suis allée dans un institut psychothérapeutique pendant 6 mois et j’ai arrêté mes études. Après cela, je n’avais pas envie de les reprendre parce que j’avais déjà redoublé. J’ai besoin de cette bipolarité. Ce sont dans mes moments maniaques que j’écris le plus. Dans mes moments dépressifs, je n’écris pas mais ça m’inspire pour les prochains textes, quand je remonte la pente. Cette bipolarité fait pleinement partie de ma créativité et je ne sais pas sur quoi j’écrirais sinon… Probablement uniquement sur l’amour. Exprimer ce que l’on ressent et l’offrir aux gens est aussi un très grand médicament. Je pense que c’est une bonne thérapie.

 

J’ai lu sous tes vidéos et sur tes réseaux beaucoup de commentaires de personnes te remerciant et te disant que ça leur faisait du bien d’entendre quelqu’un mettre des mots aussi justes sur ce trouble…

J’ai reçu beaucoup de messages, c’était très touchant ! J’en ai pleuré parce que j’ai réalisé que je n’étais pas seule. Je sais que l’on n’est jamais seul.e mais il n’y a pas beaucoup de personnes qui souffrent de cette maladie. En tout cas, j’avais l’impression que c’était relativement rare. Quand j’ai commencé à en parler, notamment sur Fraiches et Konbini, j’ai vu qu’il y avait plein de gens comme moi et ça fait beaucoup de bien. Je viens d’une petite campagne, je ne connaissais personne qui en souffrait, mise à part ma tante. J’avais l’impression d’être la seule à vivre ce malheur et je me disais « mais merde, comment je vais m’en sortir ? ». La musique et les séances de psy m’ont aidée et m’ont fait beaucoup de bien.

Je t’ai déjà entendue dire que Sally et Marion (NB : le vrai prénom de Sally) étaient différentes. Sont-elles complémentaires, un peu comme deux facettes de ta personnalité ou Sally est-elle un personnage que tu as créé ?

Elles sont complémentaires. Sally est ce que j’aimerais être, quand je suis sur scène. Sur scène, je suis très sûre de moi, ou du moins j’en donne l’impression, et j’aimerais, dans ma vie personnelle, avoir cette assurance. Je ne suis même pas sûre que Sally soit un personnage, c’est vraiment le prolongement de Marion.

On se rencontre aujourd’hui dans le cadre du Chantier des Francos, un révélateur de talents qui nous présente chaque année la crème de la scène émergente. Comment as-tu été repérée par l’équipe ?

J’ai rencontré Emilie et Seb (N.B : Emilie Yakich, Directrice du Chantier des Francofolies et Sébastien Chevrier, Coordinateur pédagogique et artistique du Chantier des Francofolies) autour d’un burger à Rennes  pendant les Bars en Trans de 2019 ou 2020. On a discuté le temps du repas et ils sont venus assister au concert. J’imagine qu’ils ont aimé parce qu’ils m’ont recontactée pour faire partie du Chantier. On était très contents !

Qu’est ce que t’apporte l’expérience du Chantier des Francos ?

Beaucoup de choses ! On a la chance d’être accompagné.e.s par des personnes extraordinaires, des coachs, des artistes… C’est super intéressant et ça permet d’avoir une autre vision de ce que l’on fait. Avec mon équipe nous avions déjà eu des coachs scéniques mais ça nous permet de revoir davantage la manière d’aborder la scène. Cela permet aussi de revoir la manière dont je prends mes cours de chant, etc. C’est important, pour nous artistes, de faire un reboot à un moment, de recommencer à zéro. Quand on fait des concerts et qu’on a un show cadré, ça fait du bien d’un peu tout démolir et de recommencer depuis le début, de revenir à l’essence même de la musique avant de réaborder la scène. Faire le Chantier des Francos nous permet de ravoir une fraicheur.

Après Pyaar qui, comme son nom l’indique, parle beaucoup d’amour, tu sors un nouveau son bientôt. Peux-tu nous en dire un peu plus et nous parler de tes projets à venir ?

En ce moment, je bosse sur mon premier album qui sortira, si tout va bien, cette année. Le prochain son est très important pour moi. Il parle de séquestration, d’agression sexuelle et de coups et blessures. J’ai peur de le sortir parce que c’est la première fois que j’aborde un sujet aussi personnel. Mais je sais aussi que quand je la chante en concert, ça touche pas mal de gens. Ce qui me fait peur, c’est que je vais vraiment me mettre à nue, je n’aurai plus de secret. Pour moi, c’est encore plus profond que d’exposer ma bipolarité. On arrive à vivre avec la bipolarité. C’est malheureusement plus compliqué de vivre et de se reconstruire après un viol. J’ai hâte de sortir cette chanson, on va essayer de faire un beau clip pour l’accompagner et ça sortira en mars.

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