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Interview : Sayem et Benjamin Delobelle du Pôle création artistique à FGO-Barbara

Interview : Sayem et Benjamin Delobelle du Pôle création artistique à FGO-Barbara

Anoussa Chea

Sayem et Benjamin Delobelle, en charge du Pôle création artistique à FGO-Barbara, proposent plusieurs dispositifs de soutien au bénéfice d’artistes en développement, issus d’esthétiques musicales différentes. L’écoute attentive et les conseils bienveillants de cette équipe passionnée et des intervenants professionnels du secteur permettent d’offrir un espace de confiance, d’expression et de liberté afin de favoriser la créativité.

Quel est votre rôle au sein du Pôle création artistique à FGO-Barbara et quels sont les missions de ce Pôle ?

Benjamin : Je coordonne le Pôle création artistique et travaille en binôme avec Sayem depuis 4 ans. A la base, FGO-Barbara, qui est un établissement qui appartient à la ville de Paris, soutenait des groupes amateurs. Aujourd’hui, le curseur s’est déplacé vers des projets en développement, des artistes qui souhaitent s’investir davantage dans leur projet.

Sayem : Je suis le responsable de ce Pôle. Benjamin et moi essayons de réfléchir, chaque année, à la manière dont on peut aider les artistes à se développer. On essaie de leur faire du bien en les aidant à y voir plus clair,  à prendre des décisions en leur faisant essayer plein de choses dans différents espaces. On essaie de parler à tous les publics en mettant en place des dispositifs avec une sélection et des jurys paritaires afin de de couvrir la diversité des esthétiques. On essaie de faire venir des artistes variés : ceux qui veulent juste jouer pour la fête de la musique, sortir leur EP ou ceux qui se voient faire le Stade de France. Il y a ce grand écart car on est sur l’humain. On s’assure que chaque artiste comprenne qui il est, ce qu’il veut faire et la manière dont il veut le faire. Ce sont les 3 questions les plus élémentaires pour positionner le projet


Sayem, responsable et Benjamin Delobelle, coordinateur du Pôle création artistique à FGO-Barbara.

Quelle est la particularité de FGO- Barbara ?

Sayem : A Paris, il n’existe pas de lieu aussi poussé, qui s’occupe de projets pendant 1 an sur tous les sujets (bio, pré-prod, stylisme, image …). S’il y avait une structure telle que FGO-Barbara dans les grandes villes de France, ça ferait du bien car c’est un espace de liberté. On n’a rien inventé, on s’est juste servi de ce qui existait déjà : travailler sereinement avec des professionnels dans une bienveillance absolue.

A FGO-Barbara, il y a un côté militant qu’on aime. Il n’y a pas cet aspect institutionnel, ce qu’on peut peut-être nous reprocher. Même si on respecte un cadre particulier, on est tous à égalité, il n’y a pas ce rapport prof / élèves. On est tous des musiciens. Benjamin a été DA en maison de disques et je suis manager d’artistes (ndlr : Molécule, Sônge, Khadyak).

Dans le cadre des dispositifs proposés par le Pôle création artistique, vous suivez et soutenez la lauréate du Prix Cécile Pollet, crée en 2013. Pouvez-vous me parler de ce dispositif et de Shanice, la lauréate 2020 ?

Benjamin : Le Prix Cécile Pollet est un prix national, avec le soutien de la Fondation Cécile Pollet, abritée par la Fondation de France. On a été approchés par la Fondation de France qui recherchait une structure pour mettre en place la Fondation Cécile Pollet. Ce dispositif met en valeur une artiste féminine qui est autrice, compositrice et interprète de chansons françaises, âgée de 15 à 25 ans.

Shanice est la lauréate de cette année. Elle va recevoir une bourse de 8 000€, ce qui est assez conséquent, rencontrer d’autres artistes du dispositif Variation(s), participer à des temps collectifs (quand on pourra les remettre en place). On est très contents car on voit, cette année, une évolution de l’esthétique musicale. Avec Shanice, on sort de la musique urbaine. Elle est sur quelque chose de très classieux et organique et a une proposition très intime et personnelle.

 

Vous avez également mis en place le dispositif Variation(s) …

Benjamin : Ce dispositif a été lancé par la mairie de Paris, est subventionné par la ville de Paris et s’adresse au territoire parisien. Sur Variation(s), on essaie de représenter toutes les esthétiques musicales. Chaque année, on reçoit plus de 400 candidatures. On organise un jury paritaire avec une vingtaine de personnes qui sont des pros, des médias, des artistes. En temps normal, on rencontre les 25 derniers artistes retenus, on organise des entretiens individuels avec les artistes puis des délibérations avec l’ensemble du jury pour choisir les 15 lauréats. Ce dispositif institutionnel est une grosse machine qui n’a pas d’équivalent à Paris.

Vous soutenez donc des artistes en développement dans la construction de leur projet. Quels sont les apports concrets des actions menées par le Pôle création artistique ?

Sayem : On arrive à être très précis dans nos interventions, sans être intéressés financièrement au projet. En principe, cette aide qu’on apporte vient des éditeurs, managers qui sont intéressés financièrement au projet. On n’est pas influencés et on ne peut pas être accusés de conflits d’intérêt. On essaie d’expliquer les avantages et les inconvénients de chaque option. Les artistes se rendent compte de notre sérieux, de notre expérience et qu’ils peuvent nous faire confiance.

On fait intervenir des musiciens ou des chorégraphes professionnels qui vivent de leur art pour qu’ils puissent donner les conseils les plus précis et avec bienveillance. On a tous envie de participer, d’aider et d’être dans un échange. C’est ce qui est beau et rassurant sur notre condition d’être humain. On propose un lieu où les artistes peuvent avoir à disposition du matos, essayer des choses, sans être jugés, travailler avec des professionnels et avoir un peu d’argent, c’est juste génial ! C’est pour cette raison que le bouche à oreille fonctionne autant, qu’on a de plus en plus de candidatures chaque année. On espère pouvoir le faire le plus longtemps possible.

Y a-t-il des aspects dont les artistes n’avaient pas conscience, avant la période Covid, que vous avez réussi à leur faire comprendre ?

Sayem : J’aime beaucoup la période Covid car ça permet de se repositionner et de se requestionner. Les artistes sont moins figés sur la scène. Ça peut être un défaut d’être trop focus sur le live. Le live est une finalité mais en amont, il faut d’abord travailler sa bio, la pré-prod et le son, parler du projet, faire les photos de presse. Avec cette période un peu particulière, les artistes comprennent cet aspect et s’aperçoivent que ce travail d’amont est souvent bâclé car ils ne pensent qu’à monter sur scène. Pour le 2ème confinement, on a beaucoup bossé. Ce qui est frustrant, c’est qu’on ne peut pas organiser de master class ou de rencontres entre les artistes.

Avec cette période particulière, les artistes soutenus ont-ils manifesté des besoins différents ?

Benjamin : C’est un moment beaucoup plus introspectif pour les artistes. On échange beaucoup avec eux individuellement. C’est aussi nôtre rôle d’avoir une oreille et une écoute pour les rassurer et les motiver.

Sayem : On passe plus de temps au téléphone avec eux qu’en temps normal. J’ai l’impression qu’ils appellent plus facilement et plus rapidement pour des choses qu’ils n’auraient peut être pas demandé en temps normal parce qu’ils auraient été moins anxieux ou auraient eu peur de déranger. J’ai l’impression d’avoir plus un rôle de manager cette année. Il y a une vraie incertitude sur beaucoup de choses. Ils ont besoin d’être plus rassurés que d’habitude.

En terme d’aide financière, qu’est-il prévu ?

Sayem : Grâce à la ville de Paris et à la direction de FGO-Barbara, on a réussi à débloquer 2 000€ auprès de tous les artistes. Ça va leur faire du bien parce que ça va leur permettre d’acheter du matos. C’est compliqué d’expliquer à un artiste les risques qu’il doit prendre, ce qu’il doit faire alors qu’il n’a pas d’argent. Ce n’est pas possible ! Avec cette aide, on les rassure en leur permettant d’acheter ce qui leur manquait ou de finir de payer un attaché de presse ou un photographe. C’est notre rôle d’être là pour eux, tout le temps, de les rassurer sur ces questions. Il y a vraiment cette relation de proximité qui est assez forte.

Vous avez évoqué des sélections et des jurys paritaires. La question de la parité est un sujet important à FGO-Barbara …

Sayem : Oui, cette question est essentielle. Tous nos jurys et sélections sont paritaires. On essaie aussi de mettre en avant d’autres aspects en montrant, par exemple, que l’univers du studio, des « machines » ne sont pas réservés qu’aux hommes. Prochainement, on va lancer un cycle sur les synthétiseurs avec l’artiste Claude Violante. On est une forme de laboratoire.

A l’heure où un troisième confinement est envisagé, quel est l’avenir du spectacle vivant ?

Sayem : La scène existera toujours. Mais, nous sommes obligés de penser les choses différemment. Il y a des systèmes à réinventer, les concerts assis, par exemple, peuvent être gérables. Les contraintes sont toujours intéressantes pour trouver de nouvelles idées. Tout ce qui a été développé avec le live stream va être poussé. Mais, cette solution ne s’applique que pour les projets connus. Avant le Covid, les projets en développement subissaient déjà des inégalités face aux artistes médiatisés et rencontraient des difficultés pour défendre leur projet sur scène (mis à part les tremplins comme Bourges) et pour être programmés. J’espère que le live stream pourra permettre une meilleure représentativité des projets en développement. Mais, comme son nom l’indique, le spectacle vivant doit être quelque chose de physique et pas digitale.

Benjamin : Le spectacle vivant va revenir. C’est impensable de se dire que ça ne reviendra pas.

Ce qui me fait peur, c’est l’oubli : s’installer dans un truc, une routine où on oublie d’aller à un concert, les sensations que ça procure, où ça devient un effort de sortir de chez soi. Les concerts sont des échappatoires, des moments de collectif, une sorte de transe même si tu ne connais pas les gens. C’est un moyen de partager quelque chose avec le corps. C’est tellement quelque chose que je n’ai pas envie de perdre. Avec notre métier, malgré tout, on a quand même eu la chance d’assister à des choses comme le festival Ici Demain, qui s’est déroulé en novembre dernier. Même si on était assis, ça nous a fait beaucoup de bien.

Pour conclure cette interview, quel est votre mot de la fin ?

Sayem : Que cette situation exceptionnelle n’empêche pas de rêver. Il faut continuer à inventer des choses et ne jamais se résigner.

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