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Review : Eddy de Pretto – Cure

Review : Eddy de Pretto – Cure

Attendu de tous, le premier album du petit prodige français Eddy de Pretto est sorti vendredi dernier. On se l’écoute. 

Révélé à l’automne dernier avec son premier EP sobrement intitulé KidEddy de Pretto est LA révélation française de l’année. Alors est-il parvenu à passer le cap crucial du premier album ? Petit spoiler… La réponse est un “oui” catégorique !

 

Après des semaines à l’attendre, le premier album d’Eddy de Pretto est enfin là, dans nos oreilles, ce pour notre plus grand bonheur ! Dès les premières secondes d’écoute, il pose les bases et nous intrigue avec sa mini interlude Début dans laquelle il murmure :

Fais pas semblant
Je ne quitte jamais mon masque
Avec ce petit masque d’audience
Fait semblant
Fera genre parmi les riches

Ok. On comprend vite qu’il n’est pas là pour blaguer et qu’il compte bien dévoiler toute l’étendue de son talent sans masque, sans faux-semblants. Ouf !

Comme nous avions pu le remarquer à travers son EP, ce qui fait sa force ce sont ses textes poétiques et ses mélodies minimalistes mais diablement efficaces. Et on retrouve tout cela quasi instantanément que ce soit avec notre coup de cœur Random ou encore à travers son puissant dernier single : Normal.

 

Dans ce premier disque, il évoque le culte de la virilité et les divers critères sociétaux qui définissent ce que c’est d’être un mec, un vrai. Avec Kid ou encore Genre, il n’hésite pas à dénoncer ces normes imposées par les magazines et émissions de TV où l’homme se doit d’être musclé et brillant pour être considéré comme viril dans cette société machiste et patriarcale. Mais comme il nous l’indiquait en intro, hors de question pour lui de rentrer dans ce moule où il lui serait obligé de porter un masque pour se faire accepter. Toutefois, il se décide à endosser ce rôle de mec macho, de mâle alpha stéréotypé dans Quartier des Lunes, un des titres les plus percutants de son album. Une belle claque !

Et alors qu’on pourrait penser que ces quinze pistes se ressemblent et pourraient apporter un côté rébarbatif voire linéaire à ce disque, c’est tout le contraire ! En effet, explorant diverses facettes de sa vie, il parvient à capter notre attention avec des sujets qui nous parlent, indirectement ou non. Dans Beaulieue et Desmurs il évoque ses racines, son adolescence au cœur d’un HLM de la banlieue de Créteil, expliquant qu’il n’avait rien à voir avec ses camarades, lui qui préférait prendre des cours de danse plutôt que d’aller courir derrière un ballon. Tout cela sans jamais les renier, bien au contraire. D’apparence timide voire introverti, Eddy de Pretto utilise sa musique comme un moyen d’expression des plus sincères dans lequel, grâce à des textes introspectifs, mélancoliques et acérésil relate sa vie de jeune homme banal, normal. Et quoi de plus normal que les blessures sentimentales qu’il traite de la plus belle des façons dans la piste incontournable qu’est Random ?

 

Un autre morceau qui sort du lot est Jimmy dans lequel il parle de son addiction en prenant pour personnage principal son dealer. Comme une romance des temps modernes, il nous conte la relation qu’il a développé avec cette personne qu’il a l’habitude de retrouver chez lui pour récupérer sa dose de “neige”.

Ce Jimmy-là, le mien, est très viril. Il a tous les codes de la masculinité, et quand il venait dans mes soirées, je me demandais si ça allait matcher avec l’ambiance. Il arrivait à moto, et c’est lui qui me sauvait. C’est lui qui, dans la fête, amenait une magie supplémentaire.

Avec des arrangements musicaux divers et variés, et surtout parfaitement peaufinés, Eddy nous fait valser de pistes en pistes, d’émotions en émotions, durant près d’une heure de pure extase ! A la fois avant-gardiste et ravivant l’esprit des plus grands – à l’images de Nougaro ou encore Brel – il présente un univers qui dénote du paysage musical français actuel et qui laisse entrevoir un potentiel incommensurable. Mais calmons nous et restons concentrés sur ce premier disque déjà plus que notable ! Impossible de conclure cette écoute sans se pencher sur le titre qui a fait sa notoriété : La fête de trop. Placé judicieusement en avant-dernière position, celui-ci semble avoir quelque peu perdu de sa puissance face aux autres singles divins. Et c’est tant mieux, on commençait à en avoir un peu marre que les gens résument Eddy de Pretto à cette chanson. Personnellement, on lui préfèrera la fausse douceur de Rue de Moscou ou encore Normal qui est le single pour nous le plus puissant de tout cet album !

 

En bref

Eddy de Pretto nous livre un premier corpus carré, précis, sans fioriture. Outre son jeu scénique qui lui aura valu une nomination aux Victoires de la Musique, c’est surtout la qualité ses textes qui lui confèrent le statut de révélation musicale de l’année ! Parolier de talent souligné par des beats urbains minimalistes, Eddy de Pretto se place rapidement comme un poète des temps modernes, sincère, authentique et sans complexe. En effet, tout au long de l’écoute on ressent une sorte de fil rouge liant tous ses titres, comme si son âme voguait entre les pistes. Le Kid a composé son album comme un journal intime qui n’avait pas réellement pour objectif d’être dévoilé au grand public. A travers celui-ci Eddy raconte sa vie, ses déboires, ses expériences de vie, tout ce qui l’a mené jusqu’ici. Il traite ainsi de sujets qui lui sont personnels et qui, malgré tout, font résonner une réalité qui parlera à grand nombre.

Un constat s’impose : Cure est un classique instantané qui s’écoute aisément en boucle. Un album thérapeutique, percutant et qui risque sans doute de nous accompagner tout au long de l’année ! Par ailleurs, Eddy sera logiquement en tête d’affiche des plus grands festivals l’été prochain donc on ne peut que vous conseiller d’aller à sa rencontre !


Tracklist

1. Début

2. Random

3. Rue de Moscou

4. Jimmy

5. Beaulieue

6. Quartier des lunes

7. Desmurs

8. Kid

9. Normal

10. Honey

11. Genre 

12. Ego

13. Mamere

14. Fête de trop

15. Musique basse

Notre sélection : Normal, Random, Rue de Moscou, Ego

NOTE : 19/20

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