Après notre échange avec Blu Samu, on continue notre immersion dans les coulisses de We Love Green 2026. Cette fois-ci, c’est l’icône de la scène indépendante du Moyen-Orient que l’on a eu l’honneur de capter juste après son show. Voix envoûtante, univers cinématographique et vision engagée de son art : rencontre exclusive avec la magnétique Yasmine Hamdan.
Salut Yasmine ! Un immense plaisir de t’avoir avec nous. Pour commencer, est-ce que tu peux nous parler de ton projet actuel en quelques mots ?
Hello ! Je fais de la musique, je compose, j’écris, et j’ai sorti au mois de septembre dernier mon troisième album solo, I Remember I Forget. Depuis la sortie, je suis sur les routes avec les musiciens qui m’ont accompagnée sur le projet. On a formé une super équipe, et pour moi, cette cohésion est essentielle !
On a écouté l’album et on a eu un vrai coup de cœur pour les titres The Beautiful Losers et Reminiscence. Il y a cette nappe de musique ambiante qui nous touche particulièrement, mêlée à des sonorités folk, électroniques, et évidemment cette influence unique du Moyen-Orient. C’est un sacré melting-pot ! Où vas-tu puiser toutes ces inspirations, et qu’est-ce qui tourne dans tes écouteurs au quotidien ?
Au quotidien, j’écoute énormément de musique arabe ancienne, un peu de classique aussi… En fait, j’adore les morceaux très, très vieux, je suis une vraie collectionneuse ! Après, j’écoute un peu de tout au fil de l’eau mais je ne suis pas vraiment les actualités musicales… Pour qu’un projet me marque, il faut simplement qu’il me touche sur le plan émotionnel !
Ton histoire prend racine au Liban, et aujourd’hui tu parcours le monde entier pour défendre ta musique. Quel est ton rapport au voyage et à cette pluralité culturelle ?
J’ai grandi un peu partout, dans plusieurs pays. Quand tu viens du Moyen-Orient, tu es souvent amené à t’exiler pour plein de raisons : économiques, politiques, sécuritaires, ou pour les études. Je suis née pendant la guerre, mes parents ont donc pas mal bougé avant que je ne m’installe finalement à Paris en 2005. Aujourd’hui, le voyage fait partie intégrante de ma vie. La musique t’impose ce côté nomade. C’est hyper chouette, parfois un peu rock’n’roll et fatiguant, mais c’est fascinant de voir comment différents publics réagissent à travers le monde. C’est d’une richesse incroyable !
C’est une langue universelle, finalement !
Complètement ! La musique permet de communiquer au-delà des frontières linguistiques. Dès que tu ressens les vibrations, tu comprends. C’est une super expérimentation : tu te retrouves face à un public qui ne saisit pas un mot de ce que tu chantes mais qui reçoit le morceau de manière abstraite, physique ou purement émotionnelle. Et puis, il y a toujours une petite partie du public qui comprend l’arabe. Ça, ça me réchauffe instantanément le cœur car leurs réactions sont directement connectées au sens de mes textes.
Est-ce qu’on peut dire que la musique est devenue une sorte de quête d’identité pour toi ? Un moyen de savoir où tu as envie de vivre et qui tu veux être ?
Oui, je pense. J’ai eu la chance de savoir très tôt ce que j’aimais faire, et ça m’a aidée à trouver des réponses. Quand tu viens d’une culture aussi mixte que la mienne, la musique te permet de piocher ce que tu veux dans chaque culture pour t’enraciner dans des choses qui font sens et qui te donnent un véritable axe politique. À mes débuts, quand j’ai commencé à chanter en arabe, j’avais besoin de trouver ma place au Liban au sein d’une communauté dont je n’avais pas forcément les codes. Je voulais brouiller les pistes.

Et ça se ressent aussi dans ta manière de bosser avec tes musiciens, non ?
Totalement. Les frontières de langues et de cultures, je ne les vois pas. Quand je travaille en studio, très peu de musiciens comprennent mes textes mais ils ressentent l’intention et interagissent avec mes idées. La musique est un espace de liberté totale. On y communique autrement : par la poésie, le rythme, les arrangements, la gestion du silence… Ma manière de travailler est très ludique, je m’amuse : je sample, je coupe, j’inverse, je loope les sonorités à ma guise. Je prends toute la liberté du monde.
Le résultat est hyper intime et personnel. Malgré cette bulle très privée, tu arrives facilement à t’ouvrir à d’autres artistes pour des collaborations ?
Oui, tout à fait. Je choisis méticuleusement les personnes avec qui je collabore et ça fonctionne beaucoup à l’instinct, à l’intuition. Je peux chanter en anglais, en français, en arabe… C’est capital pour moi car l’arabe est ma langue de cœur. Sans aucune forme de catégorisation, c’est ma langue des émotions, celle qui me permet d’exprimer au mieux ce que j’ai au fond de moi.
On remarque aussi que tu accordes une place immense à l’image : l’univers du cinéma, la musique à l’image, les clips ultra-soignés… D’où vient ce besoin de lier l’auditif au visuel ?
Déjà, j’ai la chance d’être entourée de gens extrêmement talentueux. Pour cet album, j’avais envie d’écrire et de réaliser des clips, d’explorer l’animation. J’avais aussi ce besoin de ne plus forcément me mettre en avant à l’écran, de m’amuser autrement. En tant qu’artiste, on fait face à des normes esthétiques, à une sorte de dictature de l’apparence et de l’exposition permanente. J’ai voulu casser ça en créant de vrais tableaux animés, des songes visuels pour compléter l’univers de mes morceaux.
On valide à 100 % le concept. Pour revenir au festival, comment tu as vécu cette édition de We Love Green ?
C’était vraiment super, le public était d’une bienveillance incroyable. En plus, la météo était magnifique. Le fait d’être proche de la nature, ça change tout. J’habite dans le centre de Paris, alors ici, on respire ! On sent que le système nerveux de tout le monde se relâche, les gens sont plus relax et franchement ça fait un bien fou à tout le monde.
Carrément. Un dernier mot pour la fin : qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite de l’aventure ?
Souhaitez-moi de belles collaborations, de nouvelles compositions et de rester toujours inspirée. Aujourd’hui, la vie d’artiste est jalonnée de sacrés challenges : la précarité financière, la charge de travail monumentale qu’on nous impose, l’arrivée de l’IA… On évolue dans une structure globale qui ne met pas franchement la création et l’humain en priorité. Si on est tous là, c’est parce qu’on aime viscéralement ce qu’on fait. On est des artisans. Cet amour du métier nous donne de la force, de l’espoir et nous rend meilleurs. On espère juste que tous les artistes continueront d’avoir les plateformes et la visibilité qu’ils méritent pour faire vibrer ce moteur !





