Review : Two Lanes – A Part of Us
Rédacteur en chef, Fondateur
Avec A Part of Us, Two Lanes nous invite une nouvelle fois dans cet espace suspendu entre piano, synthétiseurs analogiques, textures acoustiques et rythmiques électroniques. Les frères signent un album profondément immersif où chaque note semble prendre le temps de trouver sa place.
Quel bonheur de retrouver Léo et Rafael en cette rentrée ! Depuis de nombreuses années, ils nous accompagnent avec cette musique aussi délicate qu’immersive, profondément cinématographique et avec une finesse qui leur est propre. Une complémentarité entre les deux qui fait l’essence de leur musique. Le piano et les œuvres de Bach, Schumann ou Debussy pour Leo, la musique électronique, le sound design et les machines pour Raf. Mais, alors que leurs chemins auraient pu évoluer séparément, ils ont finalement trouvé avec leur projet Two Lanes un terrain commun où leurs sensibilités peuvent se mêler sans jamais perdre leur équilibre et qui fait la singularité de leur projet : l’acoustique y apporte sa chaleur et son humanité, tandis que l’électronique ouvre des espaces plus vastes, plus abstraits
L’entrée se fait en douceur avec Converging Lines, collaboration avec Robot Koch et son alter ego Foam and Sand. Une pièce instrumentale minimaliste traversée de mélodies délicates qui installent immédiatement cette sensation de calme propre au binôme. Une première respiration qui nous laisse le temps de nous installer avant que l’album ne commence véritablement à se déployer car c’est avec Everything That Remains que l’on entre pleinement dans A Part of Us. Une rythmique hypnotique nous entraîne doucement vers l’avant tandis que le morceau se construit par petites touches, nappe après nappe. Pendant près de quatre minutes, Two Lanes ne cherche jamais la rupture spectaculaire ; tout se fait progressivement, presque imperceptiblement, jusqu’à ce que l’on réalise que l’on est déjà complètement immergé. Les premières fondations sont là. L’album peut commencer son véritable voyage.
Inner Motion, avec le talentueux Malte Marten, apporte ensuite une nouvelle couleur au disque. La collaboration avec le célèbre joueur de handpan, annoncée depuis plusieurs mois, était particulièrement attendue ! Les sonorités organiques et méditatives de l’instrument viennent réchauffer les contours électroniques du morceau avec une évidence assez belle.
Les collaborations occupent d’ailleurs une place primordiale dans cet opus ! A travers Seen It All, Aaron Ahrends pose sa voix fragile et profondément habitée, donnant un autre relief au disque avec sensibilité proche de l’indie pop sans pour autant trancher trop brutalement avec l’atmosphère feutrée de l’album. Tout simplement une présence humaine qui vient mettre des mots sur tout ce que les morceaux instrumentaux du binôme semblent murmurer.
Puis Always vient nous cueillir un peu plus personnellement. Sans vraiment savoir pourquoi, le morceau nous a immédiatement touchés. Peut-être est-ce cette mélodie enveloppante, rassurante, qui semble nous prendre par la main et nous emmener dans une boucle dont on n’a finalement aucune envie de sortir. Quelques notes de piano viennent délicatement interrompre le mouvement avant que celui-ci ne recommence, comme un retour perpétuel au même endroit. Une boucle sans véritable destination, mais dans laquelle le cerveau finit par lâcher prise. Une ballade qui témoigne une nouvelle fois de leur capacité à écrire des mélodies simples en apparence mais capables de rester longtemps avec nous !
Arrive Shaped with Two Hands. Avec SOHN. Et forcément, la subjectivité devient ici difficile à cacher… Les plus assidus savent que nous suivons son parcours depuis ses débuts et que notre amour pour ce génie n’a aucune limite ! Cette rencontre avait donc tout pour nous intriguer. Pourtant, même en mettant de côté cette affection particulière, l’association paraît d’une évidence presque troublante. Deux sensibilités qui se reconnaissent, se répondent et laissent doucement émerger un morceau suspendu, intime et profondément émouvant. Et derrière cette douceur se dessine quelque chose de plus profond, une réflexion sur la manière dont nos relations, nos épreuves et notre environnement finissent par nous façonner.
Après August, court interlude qui vient offrir un nouveau souffle au disque, By Chance poursuit cette sensation de flottement. La collaboration avec Katlyn Aurelia Smith donne naissance à un morceau instrumental ultra vaporeux où les textures semblent apparaître doucement avant de se fondre les unes dans les autres. Une nouvelle respiration dans un album qui sait justement ménager ses espaces et nous laisser quelques instants pour reprendre notre souffle avant de repartir.
Et bien qu’il ne reste que deux morceau, le coup de coeur revient avec Silent Rebellion. La rythmique reste discrète, les variations subtiles mais quelque se dégage tout au long de l’écoute avec une profondeur enivrante qui nous rappelle que la puissance peut aussi se trouver dans la retenue. Un morceau qui avance à pas feutrés mais dont l’empreinte grandit au fil des minutes.
Enfin, presque naturellement arrive End of A Cycle. Un album qui se referme comme il avait démarré, autour d’un piano et de quelques notes légère presque fragiles. L’impression de revenir au point de départ après avoir traversé tout un paysage intérieur.
En bref
Ce qui frappe immédiatement dans A Part of Us c’est la justesse du choix des invités. Robot Koch, Malte Marten, Aaron Ahrends, SOHN, Katlyn Aurelia Smith… Chacun apporte sa propre couleur, son propre langage, sans jamais détourner l’album de ce qui fait son identité. Les collaborations semblent ouvrir de nouvelles fenêtres sur le même paysage, renforçant cette dimension contemplative et immersive qui accompagne Two Lanes du premier au dernier morceau.
Un disque qui porte finalement assez bien son nom. Parce qu’il y a quelque chose de profondément intime tout en laissant suffisamment de place à celui qui l’écoute. On repart avec l’impression d’y avoir déposé ses propres souvenirs, ses propres images, ses propres silences. Les synthétiseurs analogiques scintillent, les textures acoustiques apparaissent puis disparaissent, le piano revient comme un fil conducteur et les rythmiques nous maintiennent doucement dans son mouvement.
Une nouvelle bulle hors du temps, comme on les adore tant !
Tracklist
1. Converging Lines (feat. Robot Koch, Foam and Sand)
2. Everything That Remains
3. Inner Motion (feat. Malte Marten)
4. Seen It All (feat. Aaron Ahrends)
5. Always
6. Shaped with Two Hands (feat. SOHN)
7. August
8. By Chance (feat. Kaitlyn Aurelia Smith)
9. Silent Rebellion
10. End of A Cycle
Notre sélection : Always, Shaped with Two Hands, Silent Rebellion
NOTE : 17/20





