Review : Niels Orens – Never Again
Rédacteur en chef, Fondateur
Là où slow night/s explorait déjà une forme d’introspection électronique feutrée, Never Again marque une évolution plus tranchée dans le langage du producteur belge. Moins contemplatif, plus nerveux, l’EP abandonne en partie ses zones de confort ambient pour injecter une tension rythmique et texturale bien plus frontale.
Dès les premières notes de Remaining, un sentiment d’urgence s’installe. Une tension semi-contenue prête à rompre sans jamais totalement céder traverse le morceau et pose les bases de l’ensemble du projet. Très vite, une évidence s’impose : ici, tout repose sur un équilibre instable.
Les morceaux avancent comme en suspens, hésitant constamment entre explosion et effacement. Breaks fragmentés, basses épaisses, textures granuleuses… Chaque élément participe à un déséquilibre volontaire mais finement maîtrisé. L’EP s’enfonce progressivement dans une logique de boucle mentale où les motifs se répètent, se déforment et finissent par hanter l’écoute. Une approche exigeante, parfois inconfortable, mais totalement cohérente avec le propos.
Dans cette dynamique, Here, too? s’impose comme un point d’équilibre. Le morceau déploie une matière plus ronde, enveloppante, presque hypnotique. Il donne l’impression d’un mouvement infini, d’une suspension fragile qui n’interrompt jamais totalement la tension globale et semble agir comme un ancrage émotionnel au cœur de l’EP.
Burned Twice quant à lui mérite une attention particulière. Presque physique dans son approche, le morceau incarne parfaitement cette nouvelle direction prise par l’artiste : une musique qui engage davantage le corps sans abandonner sa complexité émotionnelle. Les textures y sont plus abrasives, les patterns plus insistants, comme si la répétition devenait une forme de pression psychique.
De son côté, Ruin Happens vient brouiller tous les repères. Basculant vers quelque chose de plus abstrait, voire presque cérébral, le morceau joue avec la déconstruction des rythmes et des textures jusqu’à créer une sensation de dérèglement interne. Un single qui fait littéralement des nœuds au cerveau mais dont la richesse réside précisément dans cette perte de contrôle apparente et laisse une empreinte durable.
En bref
Never Again s’inscrit dans la tension, dans l’inachevé, dans une forme d’intranquillité permanente. On y retrouve toujours ce goût pour l’espace et la lenteur mais désormais traversé par des flux instables, anxieux. Niels Orens affirme ici une identité artistique en constante évolution mais surtout qui se peaufine au gré des rencontres et des expérimentations. Refusant toute frontière de genre, il développe un langage hybride où l’émotion reste brute, physique, palpable.
La force de son projet musical se prolonge d’ailleurs sur scène ! Découvert lors des Nuits Weekender en 2024 avec un live audiovisuel aussi immersif que percutant – véritable claque visuelle ! -, il n’a cessé depuis de faire évoluer sa proposition. Sa sortie de résidence à l’AB Club, marquée par l’ajout d’un batteur, ouvrait déjà vers une dimension plus physique tandis que sa performance au Bozar confirmait cette capacité à investir des espaces variés sans perdre en intensité. Prochaine étape évidente, sa release party le 30 avril au Botanique qui s’annonce déjà comme un moment clé pour saisir toute l’ampleur de ce projet !
Tracklist
1. Remaining
2. Here, too?
3. Should Feel Bad
4. Burned Twice
5. Enemy
6. Ruin Happens
NOTE : 16/20





