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Interview : Margaret Hermant

Interview : Margaret Hermant

Après avoir été envoûtés par son live à Bruxelles en janvier dernier, nous sommes allés à la rencontre de Margaret Hermant quelques jours avant la sortie de son album Freedom.

Bonjour Margaret. À quelques jours de la sortie de ton album, nous sommes ravis de te rencontrer. Avant de parler de ce nouvel opus, peux-tu te présenter à notre audience ?

Salut Mathieu, ravie également !

J’ai commencé la musique très jeune, avec le violon dès l’âge de quatre ans. Ensuite sont venus le piano, puis la harpe vers mes neuf ans. J’ai toujours aimé explorer différents instruments, chacun ayant sa propre personnalité et sa richesse. Je me suis ensuite professionnalisée au violon en passant par le conservatoire. Je joue notamment dans un quatuor avec lequel nous tournons depuis une dizaine d’années, principalement autour de la musique contemporaine, tout en conservant un beau répertoire classique. C’est un univers qui me passionne, que j’aime autant écouter que jouer.

Dans mon parcours, j’ai rencontré pas mal d’artistes venant d’horizons différents : théâtre, danse… un peu tous les types d’art. J’ai toujours été curieuse, et j’aime beaucoup collaborer, partager, m’imprégner de différentes cultures. J’ai aussi pas mal voyagé, ce qui a beaucoup ouvert mon esprit.

 

J’ai fait une très belle rencontre avec Neil Leiter, qui m’a proposé de jouer avec A Winged Victory for the Sullen. C’était une musique que je ne connaissais pas mais qui me correspond énormément : quelque chose de très profond, très intense, à laquelle je m’identifie beaucoup émotionnellement. On a fait pas mal de tournées ensemble et ensuite, avec Neil, on a créé Echo Collective. On a sorti plusieurs albums, et on a aussi rencontré Johann Johannsson, qui nous a beaucoup marqués, même s’il est malheureusement décédé. Toute cette période a été très inspirante pour moi.

Dans cette dynamique collective, j’ai ensuite rencontré Fabien Leseur, qui est aujourd’hui mon mari, mais aussi producteur, compositeur et ingénieur du son. On a commencé à composer de la musique de film. Puis, avec Dustin (A Winged Victory for the Sullen), on a décidé de faire une première partie centrée sur la harpe, un instrument que je joue de manière plus intuitive, moins technique que le violon. C’est quelque chose de plus physique, plus connecté au corps.

Oui, totalement ! Tu composes directement avec ton instrument, de manière plus instinctive, moins réfléchie ?

Complètement ! Et travailler avec Fabien s’est fait très naturellement. Lui est très technique, il comprend exactement ce que je fais, donc on peut vraiment développer ça ensemble. C’est une super complémentarité. Ça nous a donné envie de créer un album qu’on pourrait jouer sur scène, parce que c’est vraiment l’endroit où je me sens le plus libre.

Et là où tu connectes directement avec ton public, en plus !

Oui, c’est ça qui est génial. Au départ, c’est une rencontre avec Fabien, et ensuite ça s’ouvre vers une vraie connexion avec le public.

On sent que tu aimes profondément partager et connecter, à travers tous tes projets. Comment tu fais pour jongler avec tout ça ?

Je pense qu’on n’est pas obligé de mettre certaines choses de côté pour en faire d’autres correctement. Au contraire, tout se nourrit. Tu plonges dans quelque chose, et tu te rends compte que ça peut apporter ailleurs.
Par exemple, j’ai invité Neil à jouer avec moi il y a quelques jours, ce n’était pas prévu mais ça a donné quelque chose de très beau.

Il y a quelque chose de très naturel et intuitif dans ta manière de créer, que ce soit en composition ou sur scène. Tu sembles être une artiste spontanée, qui avance sans se poser de question ni même en ayant de cadre !

(Rires) Oui, c’est vrai !

Et c’est justement ce qui est agréable pour nous : une artiste qui suit ses envies, sans formatage ni attentes particulières, que ce soit du côté des pros ou du public. Tu transmets cela à travers Freedom et ce sentiment de liberté que tu incarnes pleinement. On adore par dessus-tout cette discussion que tu crées entre les instruments classiques et la musique électronique. Quelle a été le point de départ de cette fusion de genres ? 

Ça faisait longtemps que j’en avais envie. Mais la technologie n’est pas quelque chose de très intuitif chez moi. Fabien, lui, comprend parfaitement ça. Il arrive à traduire ce que j’imagine, à proposer des sons électroniques qui correspondent vraiment à ce que j’ai en tête. Il a su respecter l’impulsion initiale tout en s’intégrant complètement à ce que je voulais exprimer.

 

La harpe, comme beaucoup d’instruments classiques, a ses limites en termes de sonorités. Le fait de l’étendre avec des pédales, puis d’ajouter quelqu’un qui travaille le son en direct sur scène, ça ouvre énormément de possibilités. Ça permet vraiment d’élargir l’univers musical.

Qu’aimerais-tu que ton audience découvre en écoutant l’album ? Quelles étaient tes intentions, les émotions derrière ?

Il y a plusieurs choses. Déjà, faire découvrir la harpe autrement. C’est un instrument assez stéréotypé et je trouve ça intéressant de montrer qu’il peut raconter autre chose.

J’aime aussi cette idée, en concert, de créer une sorte de suspension du temps. Dans le monde actuel, ça me paraît essentiel de pouvoir se reconnecter, même brièvement. Les sons acoustiques jouent un rôle important là-dedans, parce qu’ils font vibrer physiquement les personnes.

J’ai envie que chacun puisse s’approprier la musique, se connecter à quelque chose de personnel. On ne sait pas toujours d’où ça vient, mais ça ouvre des portes. Moi, j’ai une histoire quand je compose, mais elle peut évoluer selon le moment. Et j’aime l’idée que le public puisse entrer en résonance avec sa propre histoire.

C’est intéressant parce que c’est exactement ce qu’on a ressenti en te découvrant : une vraie bulle hors du temps, un moment de contemplation où tout s’arrête un peu. Pendant le live, on était totalement dans l’instant présent, presque déconnectés du reste. Et aujourd’hui, avec ce sentiment d’urgence permanent, c’est assez rare de pouvoir simplement se poser, remettre l’art au centre et vivre pleinement ce qu’on ressent.

Je vois très bien ce que tu veux dire, et ça fait vraiment plaisir de l’entendre comme ça. C’est exactement pour ce genre de moment qu’on fait de la musique !

Il y a aussi quelque chose dans la démarche et dans le titre de l’album : j’avais envie de proposer une impulsion, sans tomber dans la démagogie. On peut tous à un moment donné apporter quelque chose. Si on en a envie, il faut le faire. Ne pas trop se formater, ne pas s’enfermer dans des attentes. Là, c’est moi, maintenant, c’est ce que j’ai envie de donner. Et quelque part, se dire que ça peut aussi donner l’envie à d’autres de faire la même chose, c’est déjà beaucoup. Si ça peut libérer un peu ou créer un élan, même léger, c’est précieux.

D’ailleurs, avec notre regard français on trouve que la Belgique met beaucoup en avant l’art et la culture. Toi, comment tu perçois le fait d’être artiste ici ?

C’est une question assez complexe. En tant qu’artiste, je n’ai pas forcément une vision globale de l’industrie.

Mais je me rends compte qu’on a de la chance. Par exemple, l’accès à l’éducation musicale est souvent très abordable. Il y a aussi un statut d’artiste qui permet de créer avec moins de pression, même s’il faut évidemment le maintenir. Et puis il y a cette richesse culturelle : trois langues, trois cultures, avec Bruxelles qui est une ville extrêmement cosmopolite. C’est un vrai mélange d’idées, de points de vue. Ça pousse à réfléchir, à se situer, à voir ce qui résonne ou non. C’est très stimulant.

Après, je n’ai jamais vécu ailleurs, donc c’est difficile de comparer. Je sais que certaines personnes sont très attirées par Berlin ou Londres. Peut-être que ce qui manque en Belgique, c’est davantage de mise en lumière dans les médias. Il y a une richesse artistique incroyable mais elle n’est pas toujours suffisamment visible.

On essaie, à notre échelle, de la mettre en avant aussi ! Et pour la suite, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter ?

Des concerts, déjà ! Et aussi la possibilité de continuer à développer mes projets comme je le sens, avec les bonnes personnes autour de moi.

 

C’est assez drôle, mais il y a presque dix ans, un manager m’avait demandé où je voulais être aujourd’hui. Et je lui avais répondu que je voulais surtout que les choses se fassent de manière spontanée, avec des personnes justes, et un petit public présent.

Un grand merci Margaret ! On a hâte de te retrouver en live aux côtés de Fabien, et surtout de nous procurer ton vinyle pour poursuivre cette chouette immersion chez nous !

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