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Interview : Sacha Bernardson

Interview : Sacha Bernardson

Alors qu’il s’apprête à dévoiler un nouvel EP, nous avons passé un instant convivial à arpenter les rues de la ville rose avec l’éclectique Sacha Bernardson. Retour sur cette discussion entre inspirations, références musicales et interactions humaines à l’heure du numérique.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Sacha Bernardson, musicien. En ce moment je travaille sur un projet qui s’appelle Metaverse et qui parle des rapports via Internet. C’est un projet multiple qui se divise en différents objets.

Tu as voyagé un peu partout dans le monde, dans quelle mesure ces aventures ont eu une influence sur ta musique ?

Je travaille dans mon home studio, j’ai ma musique dans mon sac à dos. Je ne sais pas si le fait d’aller dans différents endroits a influencé ce que je produis musicalement parlant.

En revanche ça a beaucoup influencé les sujets que j’aborde. Par exemple j’ai travaillé sur l’idée d’être apatride dans mon dernier album Rockall. La vie d’expatrié nous amène à réfléchir sur notre propre culture. On voyage avec notre culture et on peut se sentir isolé, car on se rend compte que le regard que l’on porte sur les autres est vraiment centré sur notre culture. Je crois que ça ouvre des angles sur différents sujets, et notre façon de les aborder.

Ce côté mystique qu’on retrouve dans ta musique a-t-il été porté par ton expérience en Islande par exemple ? D’où vient cette tension musicale ?

Je crois que ça dépend d’où tu viens et de ton regard sur les choses. Si tu viens d’un milieu urbain, tu vas avoir un regard d’urbain sur les choses. J’ai grandis au milieu de la nature dans la forêt, pour moi la nature c’est ma maison, ça ne m’effraie pas. Mais être en Islande c’est différent. Là-bas la nature te tue tout simplement, c’est très hostile. Le fait de se retrouver dans un milieu si hostile fait que tu poses ton regard différemment dessus. Pour ce qui est du mystique, du mystère et du spirituel, ça a probablement été intensifié quand j’étais en Islande c’est certain. En revanche je pense pas que ça ait déjà eu un impact sur ma musique, ça viendra peut-être plus tard. Par exemple, Rockall est plutôt le résultat de quand j’ai déménagé aux Etats-Unis. J’ai fini de le composer en Islande mais j’avais encore ma tête aux Etats-Unis. Alors que ce que j’écris maintenant a sûrement plus à voir avec l’Islande.

Quelle est selon toi la spécificité de la scène toulousaine, qu’est-ce qui t’as attiré ici ?

Je suis venu ici car j’avais des amis dans cette scène artistique. Je suis souvent venu à Toulouse pour travailler dans des performances liées à l’art contemporain, la spiritualité, le body art. Je pense entre autres à mon amie AJ Dirtystein, une docteure en littérature, tarologue et tatoueuse qui tient la galerie toulousaine La Papesse. Mais aussi Mika Rambar, Belladona, des artistes du milieu drag queen, qui représentent une scène artistique alternative assez intense. Je travaille en ce moment sur un projet musical avec Belladona, elle a un univers totalement inédit.

Dans la musique il y a une scène jazz incroyable, des artistes juste dingues comme Mr Bishop, Edredon Sensible, Host – dont j’ai fait la dernière pochette de disque.


Il y a un sacré vivier artistique à Toulouse, c’est très riche.

Peux-tu nous présenter un peu ton projet Metaverse ?

Déjà le nom c’est l’idée de traverser un monde, se retrouver dans le monde digital. La racine c’est que je voulais réaliser un disque de remix de mon précèdent album, j’ai commencé à rencontrer des artistes pour leur proposer de participer. Je me suis rendu compte que ça suffisait pas, je voulais qu’ils parlent de leur travail à travers cette collaboration. Donc je me suis dit, mais pourquoi ne pas faire de podcasts ? J’ai commencé à faire ces portraits musicaux, pour l’instant je n’en ai sorti que deux mais j’en ai préparé une douzaine. Je suis en train de les finaliser en anglais et en français.

L’histoire de Metaverse a commencé à s’écrire comme ça. On s’envoyait les remixes en ping-pong, par internet. Je me suis mis à écrire des morceaux à propos de ces échanges. Puis un album est né. Il y avait pleins de choses et j’ai décidé de tout sortir, les podcasts, les EP, avec des remix et des titres inédits. Il y a eu un premier chapitre qui s’appelle Mud en mars dernier. Le second chapitre « Make it Real » sort très prochainement, avec pratiquement que des morceaux inédits, quelques remix et des collaborations. Et un troisième, devrait sortir pendant l’hiver.
A l’issu de ça, il y aura un double album, un avec des remix, un avec des morceaux inédits. Ca racontera une histoire, écrite comme un roman.

Cela symbolise beaucoup ce qui se passe aujourd’hui. C’est très vaste, cela fait presque 1 an et demi que je suis sur ce projet.

 

Finalement c’est un projet qui sort presque du cadre musical ?

Complètement. C’était difficile de l’écrire comme un disque classique. Il fallait que ça sorte dans tous les sens, que ça explose. Car c’est comme cela que ça fonctionne, on est dans un espèce de gros chaos artistique. Et je trouve qu’on se sert pas assez de ce chaos, cette énergie que propose internet.

Tu penses qu’il y aura une continuité dans le live (pas actuellement bien sûr), ce projet vise-t-il à être joué ?

C’est assez intéressant, pendant le confinement il y a eu plusieurs festivals en ligne. J’ai participé à l’élaboration de l’un d’entre eux, le Sottkvi. C’était super cool. Et là j’ai récupéré le projet, qui s’appelle maintenant Second Vague, une chaine YouTube où on va diffuser des lives avec une interview de l’artiste. Un projet totalement DIY qui offre une voix aux artistes. Ça ne fait pas partie de Metaverse, mais ça rejoint l’idée. Le but est de donner le plus possible de visibilité aux artistes surtout dans le contexte actuel

Justement, en tant qu’artiste, comment as-tu vécu la période du confinement? en terme d’inspiration ça t’a permis d’être plus prolifique ou au contraire tu t’es senti bloqué par cette situation frustrante ?

Je ne suis pas un artiste qui est beaucoup sur scène. J’ai eu beaucoup de chance [pendant le confinement], j’étais bien chez moi. Ça m’a permis de ralentir le rythme, ce qui me convient très bien. Je fais partie des gens qui aiment bien prendre leur temps. J’aime beaucoup travailler, mais travailler tranquillement, laisser mûrir les choses. La période Covid ne m’a pas fait travailler plus mais travailler mieux. Et ça c’était très agréable, je me sens très chanceux.

Est-ce que tu veux nous parler de tes autres projets à côté de ta carrière ‘solo’ ?

J’accompagne mon ami Benjamin Gibert sur scène pour son projet Taihua, un Ep qu’il a enregistré en Nouvelle-Zélande. Benjamin c’est comme mon jumeau cosmique. On va sortir un live en ligne qu’on a enregistré cet été pendant notre dernière résidence. J’accompagne avec Benjamin un artiste qui s’appelle Dattola.

Je suis également en train de monter avec Benjamin mon label, Tephra. On essaye de travailler sur un modèle un peu inédit, pour valoriser la musique hybride. On y trouvera nos créations, et espérons proposer des formats étonnants, explorer de nouveaux chemins artistiques.

Est-ce que tu pourrais qualifier ta musique ou ton style musical, ou tu n’as pas envie de t’enfermer dans des cases ?

Je pense que je fais de la pop. Mais en réalité je suis à la fois trop commercial pour l’indé et trop indé pour le commercial. Donc je considère que je fais de la musique hybride. Même si cela reste de la chanson, avec des structures musicales parfois assez classiques. J’ai une copine qui disait que je fais de la dream pop bizarre (rires). Je n’en sais rien, peut-être un rock progressif pour ordinateur…. Sans guitares ! (rires)

Quelle genre de musique écoutes-tu de ton côté ?

Quand je suis en enregistrement j’écoute très peu de musique à texte. Là je pense vraiment au label Leaving records. J’écoute souvent un album qui s’appelle Hearing Music de Joanna Brouk, c’est de la musique enregistrée dans les années 70. C’est complètement instrumental, hyper beau, elle travaille sur les espaces vides. Au sommet de la chaine alimentaire de mes influences y’a Kate Bush, une de mes artistes références, et Pink Floyd. J’écoute énormément Anne Sylvestre également. Chanson française, très Brassens. Il y a cette chanson, « Une sorcière comme les autres », une ode au féminisme incroyable. Le texte est sublime. De manière générale j’aime beaucoup la poésie, j’en lis énormément.

 

Dans ton processus de composition, tu passes d’abord par les textes ou la musique ?

La plupart du temps, ça se fait ensemble et c’est souvent indissociable ! Bien que… Dans mon dernier EP, Make It Real, je voulais parler de la partie sexualité ou le romantisme par le prisme d’internet. La chanson Drowning Deep parle vraiment d’une rencontre internet, deux personnes attirées l’une part l’autre mais qui n’osent pas se le dire sans leurs écrans. Et j’ai commencé à explorer un angle sensuel avec les sons. J’ai fait beaucoup de plages instrumentales. Il y avait un morceau ou je voulais vraiment symboliser l’orgasme musical, avec des explosions sonores, et j’ai écrit un texte après. Donc ça peut arriver.

Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Oh moi ? J’aimerais remonter sur scène ! Cette réponse doit revenir à chaque fois (rires). Je pense que même si on en fait pas beaucoup on a très envie de retrouver le public. J’aimerais bien rencontrer plus d’artistes, de gens du milieu. C’est ce qui nourrit le plus la musique aujourd’hui. C’est rare d’avoir des vrais interactions en ce moment, parlées, même coup de fils. On fait beaucoup d’emails, et c’est tellement bien de se rencontrer.


Sacha Bernardson sort son nouveau single Drowning Deep, issu de son prochain EP Make It Real le 23 octobre. On se retrouve vite dans le métavers !
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